Frédéric Thiriez : La répression est la priorité»

INTERVIEW – Le président de la Ligue de football professionnel réclame la tolérance zéro vis-à-vis des hooligans.

Frédéric Thiriez : «Il ne faut pas faire l'amalgame entre les casseurs et les supporteurs (...). Je ne veux pas d'un football aseptisé en costume trois pièces.»

À l’issue d’une réunion avec tous les acteurs de la lutte contre les hooligans, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a annoncé jeudi la création de sections d’intervention rapide, constituées de policiers formés pour intervenir dans les stades. Par ailleurs, la durée maximale d’interdiction administrative de stade a été étendue à six mois au lieu de trois. Réactions du patron de la LFP…

LE FIGARO.- Quel est votre sentiment devant les incidents qui se sont multipliés dans les stades de Ligue 1 ?

Frédéric THIRIEZ.- En tant que président de la LFP, ma première responsabilité est d’assurer la sécurité de tous les participants – officiels, joueurs, arbitres – et du public. Mon deuxième devoir est de défendre l’image du foot professionnel. Celle-ci est gravement atteinte par les actes de violence intolérables commis par des hordes sauvages ces dernières semaines à Grenoble, à Lille et à Monaco. Même si, statistiquement, ces violences n’affectent qu’un petit nombre des 800 rencontres organisées chaque année par la Ligue, cela ne peut pas continuer.

La réunion que vous avez eue, jeudi, avec le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, vous a-t-elle conforté dans votre détermination à éradiquer le phénomène ?

Oui, comme la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, la secrétaire d’État aux Sport, Rama Yade, et les instances du football, M. Hortefeux est sur une ligne de grande fermeté vis-à-vis des délinquants sévissant lors des matchs. La répression des fauteurs de troubles est la priorité. Ces individus, dont on estime le nombre à quelques centaines, doivent être interdits de stade avec obligation de pointer au commissariat le jour du match. Quand on aura entre 500 et 600 interdits de stades en vigueur – on en dénombre 3 000 en Angleterre -, on aura fait l’essentiel du chemin.

Quelles mesures ont été annoncées pour atteindre cet objectif ?

Des effectifs de police spécialement formés vont être dégagés dans chaque département où il y a un club de football. Ces sections d’intervention rapide en tenue sportive dans les stades devront identifier les casseurs, les interpeller et les déférer devant la justice. Cette unité sera opérationnelle dès la fin du mois.

La création par le ministre de l’Intérieur d’une division nationale de lutte contre le hooliganisme ouvrait déjà la voie d’une répression ciblée. Est-ce la solution ?

Le rôle de cette division est de centraliser les renseignements sur les individus dangereux, de coordonner et d’impulser des procédures judiciaires auprès des services locaux. Elle constitue un progrès considérable. J’assume parfaitement cette ligne dure. La répression ne gêne pas les honnêtes gens, mais les protège. Parallèlement à cette répression ciblée, des actions de prévention et d’éducation sont menées auprès des associations de supporteurs. Le dialogue qui s’est instauré dans le cadre du Congrès national des supporteurs mis en place par Rama Yade peut s’avérer fructueux…

Dans quelle mesure les associations de supporteurs peuvent-elles contribuer à isoler les hooligans ?

Il ne faut pas faire l’amalgame entre les casseurs et les supporteurs. Ces derniers participent à l’animation des stades. Je ne veux pas d’un football aseptisé en costume trois pièces. Je suis pour la fête dans les tribunes, pour les chants et les tifos. Les associations de supporteurs sont également victimes de la violence, elles la condamnent et nous demandent d’être fermes avec les vrais coupables.

Envisagez-vous des interdictions de déplacement des supporteurs lors des matchs à risques si nécessaire ?

J’ai évoqué cette piste comme une solution extrême. Mais en cas de force majeure, je n’exclus pas de fermer les tribunes visiteurs dès l’instant où les préfectures seront d’accord. J’espère ne pas arriver là. Essayons d’abord de mieux encadrer les déplacements des supporteurs. Le PSG l’a fait à Lyon en délivrant des billets nominatifs.

Quelle doit être l’attitude du monde de football dans ce combat ?

La sécurité est l’affaire de tous. Concrètement, cela signifie une meilleure préparation des matchs à risques au niveau de la Ligue et des clubs. Mais aussi la responsabilité pour la Ligue de sanctionner les clubs qui ne respecteraient pas leurs obligations en matière de sécurité. La Ligue ne peut pas demander la plus grande rigueur aux pouvoirs publics si elle n’applique pas ses propres règlements avec fermeté en prononçant des sanctions. La France a été le premier pays en Europe à retirer des points à un club – Bastia – pour comportement raciste de ses supporteurs. On ne peut pas accuser la Ligue de laxisme. Trois huis clos – Montpellier, Marseille et Paris – ont été déjà prononcés cette saison…

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